Photographe... créateur aussi.
Depuis toujours ou presque Yan est fasciné par les images. Toutes les images.
Celles qu’il voit, celles des autres, bientôt les siennes.
Son travail est sous-tendu par d’impressionnantes lignes de forces.
Un père architecte y est sans doute pour quelque chose. C’est d’ailleurs peut être ici qu’il faut se souvenir d’un enfant rêveur, capable de franchir sans encombre les portes du monde réel et de s’abîmer des heures durant dans la contemplation des photographies paternelles. Un film, la déchirure, marque le temps de la vocation.
Photographe. Et plus encore, Yan bouge. Il n’a de cesse de plier le monde à son regard, de l’apprivoiser aussi. Et de s’en faire un partenaire, en couleurs, en noir et blanc, en formes et en rythmes. Innocence. Yan filme des baigneurs sur la plage, premier job, premiers modèles. L’image, convenue, n’est pas si simple. De ces corps parfois imparfaits, il va tramer un vocabulaire plastique. Un soin du cadrage et un attachement à la lumière.
Photographe. De la chaire vive, Yan glisse à la chère apprêtée. Assistant du photographe culinaire Patrice Libert, il met en œuvre sa fascination pour les ombres, cisèle l’éclairage et éprouve l’immobilité du modèle. Muettes et malléables, les nourritures terrestres ne peuvent que le mettre en appétit. D’autre choses. C’est l’univers de la mode, entre-ouvert par Jacques Peg qui lui offre un tournant décisif. Retour à la peau, au corps vêtu, à des lignes pures, à une densité charnelle qui imprègne sans trouble la moindre parcelle de pellicule.
Photographe. La vie, l’énergie, la sensualité aussi. Yan s’impose vite comme le meilleur complice pour saisir la vérité et la justesse d’un futur modèle. Un œil, une âme. Sincère. L’homme derrière l’objectif est capable de desceller, de comprendre, de traduire surtout. Il capte sans faille l’intensité d’un regard, l’élégance spontanée, la liberté calculée du geste sûr.
Cette acuité visuelle le rend précieux pour souligner, suggérer, affirmer les qualités d’un mannequin. Pygmalion.
Photographe. Le mouvement et le dynamisme de la scène ou de la piste viennent naturellement combler une fin d’image. D’autres corps se livrent à ses cadrages, se plient à sa science de l’éclairage et de la mise en œuvre. Œuvre. La photographie selon Yan est un acte de vie. Une décharge d’adrénaline singulièrement maîtrisée, une imprégnation sans concessions de figures mouvantes, intimes et offertes toutes à la fois.
Pascal JACOB
Auteur plume